TF1 : "mise en danger de la vie" d'un technicien

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Thorn
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TF1 : "mise en danger de la vie" d'un technicien

Messagepar Thorn » 22 Déc 2010 07:39

TF1 épinglée pour "mise en danger de la vie" d'un technicien

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Le Point.fr - 21/12/2010

L'inspection du travail signale au procureur de la République "l'enfer" que vit Jean-Christophe Meunier, délégué CGT à TF1.

On croyait ce genre de cas réservé à France Télévisions. La preuve que non : la directrice adjointe de l'inspection du travail Céline Bernardi transmet au procureur de la République un dossier accablant pour la direction de TF1. Dans un courrier en recommandé adressé le 10 décembre à Nonce Paolini, le P-DG de la chaîne (et ancien DRH), l'inspection du travail estime que TF1 a "mis en danger la vie d'autrui", en l'occurrence celle de Jean-Christophe Meunier, chef de car vidéomobile et délégué CGT à TF1. Contactée par Le Point.fr, la direction de TF1 ne souhaite pas commenter le rapport de l'inspectrice du travail. "Le parquet va l'analyser. La justice va faire son chemin. Pour nous, il n'y a pas d'affaire à ce stade", déclare un représentant de Nonce Paolini. Céline Bernardi détaille, pour sa part, ses accusations sur 13 pages, fruit de son enquête au sein de l'entreprise. La recherche du profit et la réorganisation de TF1 seraient à l'origine de nombreux cas de "souffrance au travail". L'inspectrice s'appuie sur un "observatoire du stress" interne à TF1 qui révèle qu'environ 650 salariés (soit 19 % des effectifs) souffrent de ce "stress" tandis que les cas de troubles dus à l'anxiété concernent 1.000 salariés et plus particulièrement 450 d'entre eux...

Mais c'est sur le service de la vidéomobile que Céline Bernardi a lancé son investigation entre avril et mai 2010. Premier accroc : l'accord signé en 2000 et renouvelé en 2010 concernant les rythmes de travail "au forfait, en jours sur l'année" est contraire au code du travail. Les techniciens sont, en effet, soumis à un tableau de service suivant un planning collectif, qui peut être changé à tout moment en fonction de l'actualité. Ils ne disposent donc d'aucune autonomie dans leur gestion du temps de travail. Les conditions légales du "forfait jours" ne sont pas remplies. Conséquence dommageable pour les travailleurs : un épuisement des troupes constaté par Céline Bernardi, tandis que TF1 économise le paiement de "dizaines, voire de centaines d'heures supplémentaires effectuées chaque année". Décidément, le sort des techniciens rejoint celui des candidats de L'île de la tentation !

Délit d'entrave

Ainsi, durant les 35 jours de l'enquête, Céline Bernardi constate 36 durées excessives du travail dont 28 journées à plus de 12 heures et 8 semaines à plus de 48 heures, dont une de plus de 60 heures pour une trentaine de salariés (CDI ou intermittents) employés par le service vidéomobile. La loi sur les 35 heures n'est pas respectée, avec des dépassements qui vont jusqu'à 510 heures par an... Impossible d'organiser sa vie privée quand on est corvéable à tout moment, estime l'inspectrice. D'où des cas "d'isolement social".

Une nouvelle équipe de managers nommée par Nonce Paolini va encore durcir les choses à partir de 2007. Le 11 octobre 2010, on serre un peu plus la vis : au lieu de 9 salariés employés par jour, l'équipe est réduite à 8. Là où l'on travaillait par trois, les nouveaux chefs imposent de travailler à deux, voire seul. Forcément, les tâches évoluent. ll faut tout faire et savoir tout faire. Les chefs de car sont priés de conduire les véhicules. "Une déqualification", estime Céline Bernardi. Donc, un changement de contrat de travail sans respecter les droits individuels des salariés, déduit-elle. S'ajoute à cela un refus du dialogue puisque le CHSCT n'a pas été consulté. L'inspection du travail y voit un délit d'entrave.

Harcèlement moral

Les chicaneries se multiplient sur les notes de frais, avec l'interdiction de sortir du lieu de travail sans autorisation, l'interdiction de manger avant d'avoir garé le véhicule au parking de TF1 au-delà de 21 h 30... Bref, l'esprit du "petit chef" se répand dans le service. L'accident social arrive avec l'arrêt de Jean-Christophe Meunier pendant 5 semaines en novembre 2009 et trois mois à partir d'octobre 2010. Idem pour deux autres techniciens (un mois et deux mois). Une situation de crise qui conduit Céline Bernardi à saisir le parquet sur la base de l'article 40 du code de procédure pénale.

Pour l'inspection du travail, Jean-Christophe Meunier a été consciencieusement déstabilisé. "Mise au placard", "remise en cause récurrente et sans fondement de ses compétences professionnelles", "manifestations récurrentes de défiance et propos agressifs", l'inspectrice recense et détaille tous les maux... Jean-Christophe Meunier finit par déposer plainte aux prud'hommes pour non-paiement des heures supplémentaires. Dès lors, sa situation s'aggrave. Le "harcèlement moral", pointé du doigt par l'inspectrice, sur la personne, qui plus est, d'un représentant syndical CGT peut finir par coûter cher à TF1. Les économies réalisées d'un côté vont-elles s'envoler devant les tribunaux ? Quand la dure réalité rattrape la télé, c'est plus violent que Koh Lanta.

Par Emmanuel Berretta

Source :
http://www.lepoint.fr/

Article original :
http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-p ... 866_52.php

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